dimanche 6 juillet 2008
A propos de la destruction des sols
Sujet essentiel, nous en reparlerons, pour un paysan : le sol, sa vie, sa fertilité, sa pérennité. Histoire de mieux en saisir les enjeux, voici 2 vidéos avec Claude Bourguignon qui nous parle de la destruction des sols (extrait du film "Alerte à Babylone"),et, en contrepoint, une sur le BRF (Bois Raméal Fragmenté), ou, comment nourrir le sol, pour nourrir nos semblables.
Pour celles et ceux que le BRF intéressent, voici un lien permettant l'accès à un site de ressources sur ce thème :
http://www.lesjardinsdebrf.com/
Visite chez Inès
Samedi, nous étions invités chez Inès à Bayonvillers, dans le Santerre à 25 km d'Amiens (ville où nous résidons actuellement). Nous nous sommes rencontrés lors de journées organisées par l'Agence Bio en Picardie, à l'usage des porteurs de projets en agriculture que nous sommes.
Inès prépare son installation comme jeune agricultrice sur la ferme familiale, elle souhaite devenir "paysanne-boulangère" en développant son autonomie, de la semence au pain qu'elle vendra. Elle est soutenue et aidée par sa famille, son père est en conversion bio pour ses terres en "grandes cultures", ce qui permettra à Inès de bénéficier du blé panifiable bio et d'autres céréales entrant dans la composition de son pain.
Inès a déjà investi dans un four à bois qu'elle a monté sur un châssis métallique transportable (marchés locaux, festivals... ), elle a commandé, en Bretagne, un moulin Astrié (du nom de son concepteur) qui lui garantira une très bonne qualité de farine (qualité organoleptique et nutritionnelle) et une mouture toujours fraîche. Un espace de travail et de vente est en cours d'aménagement dans une des ailes de cette belle ferme picarde, la rénovation intègre des matériaux écologique aux matériaux traditionnels comme la brique ou le bois.

Le four est monté sur un châssis métallique, un bâti permet de mettre en place une isolation entre le four et la couverture de tôles qui le mettra à l'abri des intempéries. Inès rayonne de bonheur !

Nous avons partagé le bonheur de goûter un pain d'une fournée de la veille (Inès met au point sa formule en attendant la date officielle d'installation), pain pétri à la main sur levain naturel. Son pain est bien équilibré, tant en saveurs, qu'en humidité, sa croûte est bien formée et s'équilibre parfaitement avec une mie onctueuse et bien alvéolée. Ce pain est à son image : tranquille et pondéré.
Nous avons fait "un tour de plaine", découvrant le verger récemment planté de variétés anciennes de pommes, un petit espace dédié au maraîchage que son cousin conduit en bio et les cultures en place : triticale (surtout cultivé comme céréale fourragère), du blé, des mélanges fouragers (pois, lotier, avoine... ), la phacélie (engrais vert, très méllifère) en fin de floraison bourdonnait d'insectes.

Le père d'Inès met en valeur ses terres en plantant des haies aux essences variées, brise vent, la haie est aussi un précieux "réservoir" d'animaux auxiliaires des cultures, (oiseaux, insectes... ) c'est toute une biodiversité qui s'installe et concourre à la mise en oeuvre d'un système le plus équilibré possible entre les activités humaine et le "travail de la nature". Si ces haies sont nourricières pour les animaux, elles le sont déjà pour les cueilleurs gourmands. Elles offrent cassis, groseilles et autres baies, elles tendent leurs ombelles parfumées (sureau). Elles sont aussi un élément esthétique dans le paysage (verticalité, floraisons, couleurs d'automne des érables et des chênes... ), elles structurent l'espace et invitent à la balade les générations futures (il en faut des années pour bénéficier de l'ombre d'un arbre !).
Enfin, nous avons terminé notre visite par une cueillette de groseilles et de fleurs de bourrache dans le jardin potager de la ferme.
Nous étions enthousiastes devant cette belle diversité végétale, avec ses promesse de cueillettes tout au long des saison et ses préparations gourmandes ou médicinales. La mauve en fleurs du bord des champs, n'aura pas résisté sous nos doigts, nous avons fait là, nos provisions pour la mauvaise saison en prévisions des quelques mots de gorges rebelles qui, parfois, nous assaillent ; adoucissantes, émollientes et expectorantes la mauve et la bourrache se complèteront.
Merci à Inès et sa famille, nous repartons plein d'une bonne énergie, de courage et d'idées qui nourriront notre propre projet. Nous aimerions, qu'un jour prochain, nos enfants soient capables de réaliser leurs rêves. J'ai senti dans les paroles du père d'Inès, j'ai perçu dans son regard cette tranquille fierté, cette confiance que nous espérons transmettre à Claire et Mériadec. Merci
mardi 15 juillet 2008
Et les légumes dans tout ça !
Vidéos, chansonnette, petits plats et bonnes manières, blablabla... et les légumes dans tout ça !
Mais d'abord, qu'est-ce qui fait pousser les légumes ?
Pour commencer, le légume il lui faut de la terre, du sol, de l'humus, du complexe argilo-humique, comme dirait l'autre, avec des minéraux, oligo-éléments... de l'eau (un peu, beaucoup, pas trop), de la lumière (beaucoup de lumière), de la chaleur (plus ou moins, mais plutôt plus).
Le légume, il est du genre capricieux, un tantinet dépendant, souvent exigeant (il voudrait tout, tout de suite : lumière, eau, chaleur, manger que du bon... ), il a ses phobies, le légume : la mouche, la rouille, le taupin, le lapin, la fumagine, l'aleurode, la limace, l'oïdium, le puceron, le mildiou, cré vindiou ! J'en passe et des meilleurs !
C'est que le légume, en général, c'est un grand fragile pas sauvage du tout, mais qui se rapelle le temps d'un été, qui l'a été (sauvage), a long, long time ago.
C'est qu'il revient de loin, du Pérou, du Mexique, de Chine ou d'ailleurs, et il a à bien fallut qu'il s'adapte pour nous plaire en toute saison. Certains ont quasiment disparu, il n'étaient plus au goût du jour (plus "rentables" disent les mauvaises langues), qui se souvient de l'arroche, du choux Daubenton ou du chervis ?
Alors, il a besoin des humains, le légume, des gens, plus exactement des agriculteurs, des maraîchers, des paysans, des qui ont un coin de terre, un lopin, avec toutes les commodité modernes : eau à tous les étages, une serre (moi bien fort, bien au chaud), bon air, bonne brise, nourriture à volonté. Il paraît même, que certains les font pousser les racines en l'air ou, plus exactement, une moitié en l'air et l'autre dans un bain de potion magique, à grand renfort de poudres de perlimpinpin, car ces légumes, ou ce qu'il en reste, sont si vulnérables qu'ils ne survivraient pas sans assistance de tout ordre. Pensez à eux si un jour on vous traite de légume (la traite du légume n'a pas encore été abolie).
La fille ou le gars qui fait le paysan, il a intérêt à ce que ça pousse, vu qu'il a intallé tout le confort, et qu'il doit, maintenant, des sous à la banque, à sa famille ou à ses potes.
Alors, avant de devenir paysan(ne), il a bien préparé son coup, ça fait logtemps qu'il en rêve, il a pensé le truc, il va à l'école des légumes, il a le diplôme, il va à des réunions ici et là, fait des visites pour voir comment que c'est chez les autres, il est malin ou il croit croit qu'il est malin, en tout cas il le fait, le malin ! Il se rassure, on peut le comprendre.
Dans ses rêves, les légumes sont heureux, il les a choisi assez costauds pour suporter le stress d'un coup de chaud, d'une mauvaise pluie, il les imagine redevenus presque sauvages, rivalisant de vitalité avec les herbes que certains nomment "mauvaises", se gavant d'une nourriture abondante et équilibrée, abritant coccinelles, distillant polens et nectares.
Quand il vient de la ville, notre pazencorpaysan(ne) cherche ce lopin de terre qui accueillera tout ça. Il va à droite (c'est de ce côté dominant que le vent souffle dans les campagnes), un peu à gauche, en Suisse partager une semaine chez les écovillageois(ses) du Clos du Doubs (il rêve communautaire), dans la Drôme quelques jours pour voir si quelque chose est possible, il téléphone, il mail avec le Cantal et les Alpes de Haute-Provence, il visite le 44, le 60, le 02... Il s'inscrit sur les répertoires à l'installation, il passe des annonces, il répond à d'autres.
Il court, il court la campagne le pazencorpaysan ! Il est passé par ici et li repassera par là ! Il court !
Un jour il croit trouver, le lendemain il sait que ça ne sera pas là, il s'obstine, il est tenace. Un autre jour, il répond à une annonce parmi tant d'autres et, cette fois, une rencontre, un début d'histoire, un espoir pointe sur l'horizon gris et pluvieux de l'hiver.
Mais il y en a du chemin à parcourir, séduire, convaincre, attendre. La terre se fait désirer, mais ce n'est pas tout, car ce pazencorecitadin, il veut de l'humain, partager, contribuer. Il vient parcequ'une lumière s'est allumée quelque part où il y a des gens qui cherchent, eux aussi, à partager. Cette partie de l'histoire, c'est presque aussi compliqué que celle des légumes et de tous leurs besoins, ça prend le temps qu'il faut.
Alors si tout va comme ça doit aller, il posera ses valises et sortira son sac de graines, retroussera ses manches et crahera dans ses mains (c'est pas que du folklore, assayez de travailler à la bêche avec les mains sèches... )
Il lui en faudra des saisons pour ressentir les mystère de cette terre promise, comprendre où il est, comment ça marche, faire profil bas en oubliant ce qu'il croyait savoir.
I have a dream, un jour les légumes pousseront !
En attendant il fait le beau (il fait aussi le bio) en racontant des histoires, des histoires qui racontent comment, un jour, on rêve (on peut aussi rêver la nuit), un jour on se dit pouquoi pas (la nuit ça réveille tout le monde), un jour on se lève en disant : "On y va !" et l'echo de répondre : "Let's go !"
(L'écho, c'est l'alter écho, vous l'aviez tous compris !)
jeudi 17 juillet 2008
Terre à terre
En accompagnement de la conférence de Claude Bourguignon mise en ligne hier sur le blog, et pour celles et ceux que cela intéresse, voici 2 documents.
Le premier est un document de travail que nous devrons utiliser pour pratiquer l'analyse d'un sol. C'est un des outils majeurs du travail d'observation, d'analyse et de diagnostic que tout paysan, qui se respecte et respecte "sa" terre, doit faire en permanence. C'est de cette analyse dont dépendent les choix agronomiques que nous devrons opérer.
Nous sommes là, dans la complexité de la vie du sol, celle du vivant. Le sol reste, malgré tout un grand inconnu dans les mécanismes vivants qui l'animent, constitués d'échanges, d'interdépendances et de recherches d'équilibre entre l'atmosphère, le monde minéral et les règnes végétaux et animaux.
Il existe pourtant une science du sol : la pédologie, science laissée à l'abandon par la recherche, malgré les enjeux
cruciaux que représentent la destruction des sols, leur érosion, la
désertification, j'en passe et des plus pires.
Et puis, il y a les pédologues (d'où l'expression préférée de la maraîchère bio terre à terre : "je vais voir mon pédologue, ça me fera les pieds") et ceux qui aiment la terre, quelque fois d'un peu trop près, (les pédolove, du latin pedo, terre et du grec love, amour. Mais, les timologis c'est pas trop mon fort... ).
On traite parfois un paysan bio de pédophile, lorsqu'on veut le mettre très en colère. Ça, c'est lâche et très vexant !
Le deuxième document, est une interview de Lydia et Claude Bourguignon, faites un effort et lisez la !
Si vous aimez, à lire aussi, Le Sol, la terre et les champs de Claude Bourguignon - Editions Sang de la Terre
Analyse des sols selon la méthode Hérody
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Interview de Lydia et Claude Bourguignon
Extraits :
"La Terre est la seule planète à posséder un sol. Le sol est une matière vivante, plus complexe encore que l’eau ou l’atmosphère, milieux relativement simples. Le sol ne représente pas un volume important sur notre planète, mais il est extraordinaire. Il ne mesure que 30 centimètres d’épaisseur en moyenne, mais il héberge 80 % de la biomasse vivante du globe. Il pèse 50 000 fois plus lourd que tout ce qui vit à la surface de la terre."
"Au XIX° siècle, au moment même où l’Homme trouve un équilibre avec le milieu qui l’entoure, parvenant enfin à se nourrir de cette Terre qu’il cultive lui-même, survient la chimie qui va remplacer la polyculture et l’élevage de Sully, facteurs d’équilibre. Depuis, elle n’a cessé de tuer les sols. Aujourd’hui nous perdons en moyenne 10 tonnes de sol par hectare et par an. Vous faites le calcul : dans moins de trois siècles, c’est le Sahara partout."
"L'érosion des sols est un problème préoccupant. En 6000 ans d'agriculture, l'homme a provoqué 2 milliards d'hectares de désert, dont 1 milliard aud XXè siècle. Actuellement, l'intensité de l'érosion augmente d'1 tonne à l'hectare par an. "
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Articles_Bourguignon
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Bourguignon
Une terre vivante, pour une alimentation vivante ! Tout un programme (politique, évidement).
We feed the world, le marché de la faim
Un film de Erwin Wagenhofer, sorti le 25 avril 2007.
Le film est en grande partie inspiré de l'ouvrage de Jean Ziegler : L'empire de la Honte publié chez Fayard.
Jean Ziegler rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies de 2000 à 2008. Nous en reparlerons.
Lien du site consacré au film :
http://www.we-feed-the-world.fr/we-feed-the-world.htm
Un film est en 3 parties





